Les épiceries solidaires, qui connaissent un succès grandissant en raison de la crise, s’emploient à offrir aux plus démunis des denrées variées, et à créer des circuits d’approvisionnement aux antipodes du gaspillage de la société de consommation.

« On constate une hausse de 20 % de fréquentation des épiceries avec des publics qu’on avait peu l’habitude de voir : les seniors et les étudiants. C’est vraiment le signe d’une précarisation aux deux extrémités », estime Guillaume Bapst, directeur de l’Association nationale de développement des épiceries solidaires (Andes). Cette hausse « est certes due aux conséquences de la crise et à l’augmentation de la précarité, mais une meilleure connaissance de ces épiceries peut jouer aussi », analyse Guilluame Bapst, dont l’organisation tenait ses 4es Rencontres nationales jeudi et vendredi à Rungis (Val-de-Marne).

Selon les chiffres de l’Andes, sur une année, 100 foyers (de 4 personnes) sont accueillis en moyenne par chacune des 500 épiceries, soit environ 200.000 bénéficiaires. Ces épiceries s’adressent aux personnes vivant sous le seuil de pauvreté (910 euros par mois pour plus de 8 millions de personnes, selon l’INSEE).

De 10 à 20 % des vrais prix

Elles se présentent comme de petits supermarchés dans lesquels les exclus des circuits traditionnels font leurs courses dans des rayons où les vrais prix sont affichés, mais dont ils ne paient qu’un pourcentage à la caisse (10 à 20 %).

L’idée est de donner « le choix » aux personnes en difficulté et de leur permettre de se réapproprier leur alimentation : « C’est vital de ne plus aborder les gens sous le côté coercitif des cinq fruits et légumes par jour, mais sous l’angle du plaisir », plaide M. Bapst.

« Ces messages de santé publique sont rédigés par des gens de classes moyennes sans trop de problème : c’est relativement bien entendu par les “Marie-Chantal”, alors que ce n’est pas la cible prioritaire. Face aux populations précarisées, les associations comme les épiceries ou les Restos du Coeur sont des transmetteurs efficaces », analyse Jean-Pierre Poulain, socio-anthropologue à l’université Toulouse- le Mirail.

Une enquête, réalisée auprès de 600 bénéficiaires pour le compte du haut-commissariat aux Solidarités actives, révèle que les ateliers culinaires des structures d’aide alimentaire « sont facteurs d’alimentation équilibrée et d’insertion sociale ».

Après Paris et Montpellier, Marseille et Nantes suivront

Ces ateliers, où les enfants sont les bienvenus, regroupent surtout des femmes. On y manipule et goûte fruits et légumes, parfois inconnus ou absents des habitudes alimentaires, et on y apprend des recettes de cuisine simples.

De « réels changements de représentation » ont eu lieu, insiste l’étude, avec « une moindre valorisation de la viande et une prise de conscience de la nécessité de consommer beaucoup de fruits et légumes ».

Pour approvisionner les épiceries en fruits et légumes frais, l’Andes a créé en 2017 une première plate-forme de récupération et de valorisation au sein du Marché d’intérêt national (MIN) de Rungis ; elle vient d’en ouvrir une seconde au MIN Saint-Charles de Perpignan le 1er octobre.

Des structures similaires, qui font de l’insertion, sont prévues pour 2010 à Marseille et à Nantes. Toutefois, « même cette activité crée à son tour des déchets. Pour aller au bout de cette démarche de ne pas gâcher, nous mettrons en place en 2010 des unités de transformation artisanale pour fabriquer des jus de fruit, des soupes et des confitures », explique Guillaume Bapst.

Dans le même état d’esprit, les quelque 40.000 litres de lait des vaches du Salon de l’agriculture 2019 seront récupérés et distribués dans le réseau des épiceries solidaires.

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